Créer du contenu, c'est vraiment un métier ingrat ?

Peu de gens rêvent de créer du contenu. Ça leur semble être un métier ingrat.

En général, la dernière fois qu'un adulte a créé du contenu, c'était à l'école, pour faire une dissertation ou un devoir.

J'ai un ami qui a travaillé comme rédacteur d'articles, en trouvant des clients sur un site pour freelances.

Il s'est retrouvé à devoir rédiger des pages entières sur des sujets qui ne l'intéressaient pas du tout (le basketball aux USA), à longueur de journée, en étant payé au mot.

Il a tellement détesté ce travail qu'il a préféré arrêter et ne rien gagner (c'était pendant la période Covid, et quand on n'est pas entrepreneur, il n'y a pas souvent 15 façons d'avoir une rentrée d'argent sans sortir de chez soi).

L'écrivain George Orwell disait ça (je traduis de l'anglais) :

"Écrire un livre est une lutte horrible et exténuante, comme un long combat mais avec une maladie douloureuse en plus.

Personne n'entreprendrait un tel projet s'il n'était pas animé par un démon auquel il ne puisse pas résister et qu'il ne puisse comprendre".

D'ailleurs, les écrivains n'ont pas l'image de la profession qui compte le plus de gens sains et équilibrés... C'est le moins qu'on puisse dire.

Est-ce parce que leur métier les torture tellement ?

Pourquoi est-ce que c'est si douloureux de passer des heures à créer ? Pourquoi est-ce qu'il y a tellement peu de tâches sur lesquelles les gens procrastinent moins que sur celles-ci ?

Et pourquoi, pourtant, certaines personnes étranges semblent aimer ça plus que tout ? Y passer volontairement la plupart de leurs journées ?

La réponse, on la trouve dans le livre Flow, du psychologue Hongro-Américain Mihaly Csikszentmihalyi (un livre que je relis chaque année) :

Une activité qui n'est motivée que par un résultat (gagner sa vie, pour un auteur, ou faire un bon chiffre d'affaires, pour un entrepreneur) devient FORCÉMENT une torture à un moment.

Si tu as un business en ligne, tu l'as déjà constaté si tu as vécu ça :

Tu trouves une idée qui demande de créer pas mal de contenu (formations, vidéos ou articles). Puis, tu mets au point un système marketing ingénieux autour de ça, dans le seul but de faire beaucoup de ventes.

Sur le papier, ça semble être le plan parfait : il suffit de créer tant de minutes de vidéo par jour, ou d'écrire tant de lignes de texte. Tu te dis qu'en une ou deux heures quotidiennes ça sera plié, et que ça ne devrait donc pas être bien difficile.

Et puis tu t'y mets.

Les premiers jours, ça va. Mais au bout d'un moment, tu procrastines de plus en plus. Le matin, tu n'arrives juste pas à t'y mettre.

Et à mesure que le temps passe, ces tâches de création deviennent un véritable calvaire, un boulet que tu traine, qui te rebute, qui te hante, mais que tu es maintenant OBLIGÉ de réaliser quotidiennement parce que c'est comme ça que tu gagnes ta vie.

Arrivé à ce point, tu te retrouves probablement dans les mots d'Orwell, quand il parlait d'une "lutte horrible et exténuante, comme un long combat mais avec une maladie douloureuse en plus."

La raison de cette douleur est toute simple : tu ne faisais ce travail que dans le but de gagner de l'argent.

Si tu avais pu gagner davantage en vendant des petits-pois ou en tondant la pelouse, tu aurais fait ça à la place, sans te poser de questions.

Mais la vérité, c'est que ceux qui n'ont pas ce problème sont, eux, passionnés par la tâche en tant que tel. Davantage que par le résultat qu'il peuvent en obtenir.

Le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi appelle ça  : avoir un but intrinsèque (l'objectif, c'est de faire la tâche) plutôt qu'un but extrinsèque (l'objectif, c'est de gagner de l'argent).

La SEULE solution qui puisse enlever cette douleur, et rendre toutes les tâches de ton activité facile, c'est donc la suivante :

Apprendre à aimer les choses que tu dois faire quotidiennement.

Et viser au moins autant l'épanouissement par le fait-même de créer, que par le fait d'obtenir des résultats.

Tu te dis peut-être que c'est plus facile à dire qu'à faire...

Et pourtant :

Est-ce que tu penses que vendre des kebabs, c'est une activité épanouissante ?

Pourtant, on a tous vu certains vendeurs qui prennent un plaisir fou à servir leurs clients avec des gestes travaillés, en faisant virevolter le sandwich comme un barman en train de faire un cocktail...

Dans TOUS les métiers, il y a des gens comme ça.

Ils ont appris à aimer leur travail, même si leur travail n'était pas ce qu'ils appréciaient le plus dans la vie au départ.

Un autre exemple : les gens qui aiment aller à la gym !

Le fait de souffrir sur une machine, ce n'est pas l'idée que la plupart des gens se font du plaisir.

Et pourtant : le plaisir est là. Parce que le plaisir, pour eux, c'est de se sentir plein de vie, et de démarrer la journée en pleine forme, avec un sentiment d'accomplissement dès le matin.

Et ce plaisir est tellement addictif qu'ils ne rateraient une séance de gym pour rien au monde, même si ça ne leur apportait pas de résultats physiques !

Quand tu démarres ta journée par une tâche que tu juges rébarbative, ça te donne une structure. Comme quelqu'un qui fait du sport ou de la méditation tous les matins.

Et ça devient vite quelque chose d'essentiel à ton équilibre, à ta confiance en toi...

Pour moi, c'est le cas : la création fait tellement partie de la structure de mes journées que j'en ferais même si je ne devais rien publier. Juste pour le faire.

Parce que c'est devenu indispensable à mon équilibre, et que ça me permet de me sentir créatif, vivant, et prolifique dès le début de la matinée !

Plus je démarre ma journée du mauvais pied, moins mon humeur est bonne le matin, plus j'ai besoin de créer. Après ma séance de travail, je me sens frais, vif, plein de bonne humeur. Ça me retourne le mental de façon positive, mieux que beaucoup de substances pharmaceutiques pourraient le faire.

Et en faisant ça... petit à petit, on se met à véritablement aimer la tâche en question ! À l'aimer en tant que telle, et pas seulement pour les résultats qu'elle apporte.

Mon conseil, c'est donc ça :

Liste toutes les tâches que tu dois faire, mais que tu n'aimes pas. Les choses qui te rebutent, qui sont pour toi une vraie torture. Celles sur lesquelles tu procrastines le plus, mais que tu es "obligé" de faire pour gagner ta vie, ou faire tourner ton activité.

Et demande-toi comment tu pourrais te mettre à les aimer.

Soit en te donnant des challenges : progresser, devenir meilleur, ou plus rapide, ou plus organisé.

Ou soit en les utilisant pour structurer tes journées, de façon à ce qu'elles participent à ton équilibre de vie, comme quelqu'un qui va à la salle de gym chaque matin.

Une fois que tu auras fait ça, tu vas te mettre à aimer la tâche de plus en plus, de façon naturelle. Et un jour, tu ne pourras plus t'arrêter, et tu la ferais volontiers par pur plaisir, même s'il n'y avait plus rien à gagner ni à recevoir.

Et ce jour là, ton audience et tes clients sentiront bien que tu crées par plaisir. Parce que la passion d'un créateur, c'est quelque chose qui se sent.

Et ce qui est certain, c'est qu'en sentant ta passion et le plaisir que tu prends à créer pour eux, ils seront bien davantage convaincus par ton travail qu'ils ne le sont aujourd'hui.

Ce qui veut dire que tes résultats eux-mêmes vont s'améliorer, par voie de conséquence.

En un mot : apprends à aimer ce que tu te sens obligé de faire. Ta vie va s'en trouver changée, et tes résultats risquent même d'exploser en conséquence !

Jean Rivière.