Vivre en digital nomad : l'envers du décor (attention : c'est pas rose)

Imagine juste pendant une minute que tu n'aies jamais entendu parler de ce qu'est un digital nomad.

Oublie les images de cocotiers, de MacBooks sur la plage, et de soleil en plein hiver.

Je vais te parler d'un mode de vie qui consiste à te retirer tout ce que tu as, pour le remplacer par du travail :

On te met dans une ville dans laquelle tu ne connais rien ni personne. Tu n'y a pas de famille, pas d'amis, pas de collègues. Rien.

Et dans cette ville, on te fait habiter un appartement qui n'est pas le tien. Rien ne t'y appartient, à part ce qui peut entrer dans une valise : tes vêtements, ta trousse de toilette, et surtout... ton matériel de travail.

Comme tu ne connais personne sur place et que tu n'es pas chez toi, tu dois oublier tout ce qui remplissait ta vie autrefois :

Adieu les soirées entre amis, la cuisine (c'est souvent difficile quand on a juste une casserole, et qu'on doit se débrouiller sans épluche légume et sans passoire)...

Adieu aussi les animaux de compagnie, les diners avec des invités à la maison, et les soirées à refaire le monde avec des copains d'enfance...

Ce qui te reste, c'est juste un MacBook et un iPhone. Et un business en ligne à faire tourner.

Petit à petit, tu te mets à compenser par le travail ce que tu as perdu en humanité :

Pour tes besoins sociaux, tu fais des zooms avec des collègues. Et vous ne parlez quasiment que boulot. Ou bien tu passes ton temps dans des groupes de discussion sur les sujets liés au travail.

Et pour satisfaire ta créativité, tu passes tes soirées à refaire tout le design de ton site web. Ou à créer des visuels pour les réseaux sociaux.

Bref, tu en arrives vite au point où la plupart de tes besoins humains sont comblés par des alternatives que tu trouves dans le travail. Parce que le travail, c'est la seule chose que tu as sous la main. La seule chose qui te reste, dans laquelle tu as encore des racines, un environnement familier, et des connaissances.

Quand on est digital nomad, on est souvent très productif, pour cette raison exacte.

Quand c'était le cas pour moi, j'ai vécu les périodes les plus efficaces de ma vie, et c'est bien compréhensible :

On s'occupe de tout pour toi. On te change tes draps dans ton AirBnb, on cuisine pour toi dans les restos où tu prends tous tes repas de la journée, on te transporte en taxi (parce que tu n'as pas emporté ta voiture à l'autre bout du monde)...

Et comme tu ne connais souvent personne sur place, et que tu n'as absolument rien à faire dans ce lieu de vie qui ne t'appartient pas, alors tu as tendance satisfaire tes besoins humains par des ersatz que tu trouves dans ton boulot.

Sous d'autres aspects, c'est pourtant une expérience magique, que de vivre en digital nomad. S'il y a une période de ma vie que je ne regretterai jamais, c'est bien celle là.

Mais... ça va pour un temps.

Parce que parfois, ça peut ressembler de très près à quelque chose d'assez dystopique :

Tout retirer de ta vie... pour le remplacer par du travail.

Même si c'était enrichissant de découvrir tous ces pays, de vivre toutes ces expériences... Après quelques années, on se rend bien compte qu'il nous manque un truc.

Et que ce truc, ça s'appelle la vie. Les racines. Les amis. La famille.

Bref, tout ce qui nous rend humains.

J'aurais pu écrire un article exactement inverse à celui-ci, en montrant comment cette partie de ma vie m'a transformé pour le meilleur, comment elle m'a aidé à sortir de la bulle dans laquelle je vivais autrefois, comment elle m'a permis de débrider ma créativité...

C'est ça qui se passe, avec les expériences hors-normes : il n'y a pas grand chose de gris dedans.

Il y a juste beaucoup de bon, et beaucoup de mauvais.

Jean Rivière.